Une référence manquait à nos influences
: Noir Désir - dont les albums traînent pourtant
dans ma discothèque depuis longtemps. Difficile de
parler d'un groupe sur lequel tout à déjà
été écrit et souvent considéré
comme "le meilleur groupe de rock français".
Pourquoi le meilleur au fait ? Ils ont battu le record du
4x100 mètres haies ? Non, mais c'est comme ça.
On aime bien désigner un plus fort dans ce pays. Une
chose est sûre : Noir Désir est bien le groupe
français le plus populaire et le meilleur pour déplacer
la France entière, à la moindre apparition festivalière.
Difficile également de caractériser "Des
visages, des figures", le dernier album des Bordelais.
Première chose, 5 ans après le quatrième
opus (666.667 club), le groupe témoigne d'une réelle
volonté de changement, d'ouverture musicale. Une panoplie
d'instruments les accompagne et apporte cette touche de nouveauté
que l'on perçoit dès les premières écoutes.
En vrac : sampler, claviers, orgue, clarinette, saxo par-ci ;
percus, didgeridoo, cordes, hautbois par-là. Et la
multiplication des ambiances (presque une par morceau), l'accalmie
des rythmes n'altère en rien un climat pesant qui règne
tout au long de l'album. Au contraire. Des sentiments
de dégoût, de solitude m'apparaissent dans les
phases les plus calmes.
Sur le fond, les textes, cet album reste très fidèle
au "style noir désir", forgé au cours
de leur long parcours : entre revendications, engagement et
poésie, tendresse. A l'image de ce texte de Léo
Ferré, "Des armes".
"L'enfant roi" ouvre le bal en douceur, à
renforts de soupirs et de guitare acoustique derrière
lesquels, mine de rien, viennent siffler des sons synthétiques.
On reste dans l'acoustique, celle de Manu Chao, invité
pour la ballade-single "le vent nous portera", légère
et romantique, mais surexposée à la radio. Entre
les deux, "Le grand incendie" éclate. Harmonica,
Riffs et Batterie mènent la danse. Pas besoin de cris,
ça décape déjà. Des cris, il y
en aura quand même un peu (très peu) dans ce
5ème album, avec "Son Style 1" et "Lost"
qui nous rappellent un 666.667 club.
Et puis il y a ces morceaux où les machines ne jouent
plus la figuration mais participent à la mélodie
("L'appartement", "A l'envers, à l'endroit"),
ceux qui collectionnent les instruments ("Des visages,
des figures", "L'Europe"). Bref, la tentation
est grande de décrire chaque titre.
Venons-en à la curiosité de ces visages, ces
figures. Un dernier morceau de 23 minutes avec la participation
de Brigitte Fontaine, très en vogue actuellement. Alors
que Bertrand Cantat vide, en prose, son sac sur l'Europe (je
vous la fait courte : magouilles, technocrates...), madame
Brigitte oeuvre dans le décalage avec des répliques
du style : "La Vérole sur vos gueules !",
"Paix en Suisse !", "Il pleut des cordes sur
la Concorde"... Un peu déroutant (donc réussi)
et finalement pas une si mauvaise idée, ce titre tranche
avec le sérieux habituel de Noir Désir.
Tous les éléments sont réunis pour faire
de "Des visages, des figures" un album qui épuisera
votre platine. Allez, finissons par une belle étiquette
: "le meilleur album du meilleur groupe de rock français
?" Et pourquoi le meilleur, au fait ?
M'M'B
mars 2002
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