La Ruda Salska  
 La Ruda Salska à la Trocardière : service minimum, effet maximum

Pour la tournée suivant la sortie du 2ème album de la Ruda Salska, "L'art de la joie", nous étions au rendez-vous... Arrive la tournée consacrée à leur 3ème album, "Passager du réel" et... nous sommes au rendez-vous ! Et de deux. Après une première date en 2002 dans la célèbre salle nantaise de l'Olympic, les saumurois voient grand et s'offrent la Trocardière, où l'on peut facilement entasser 3000 personnes.

Mais on ne sera pas trop à l'étroit ce soir : un petit quart de salle se blottit contre la scène - un public jeune et mixte. Déjà, sur le parking, l'équipe de Décibel prenait un sérieux coup de vieux en voyant débarquer des cohortes de teenagers. Alors quoi, aurions-nous pris des rides entre ces 2 tournées ? Non, le supporter de la Ruda n'est pas né de la dernière pluie et c'est autour du bar que nous retrouvons une autre masse de gens venus pour ce concert aux allures de mini-festival, "Mai : le feu", avec en début de soirée Stupéflip et Zenzile. Mais entrons dans le vif du sujet.

En toile de fond, l'horloge aux couleurs du dernier album indique la quinzième heure, la seizième minute ; dans le réel : 22h, les huit compères prennent place dans l'obscurité et les cris. Lumière. "Mesdames et messieurs, l'orchestre de la RRRuda Salska !" est lancé par Pierrot, le chanteur, pour démarrer le set avec "L'instinct du meilleur". Le groupe applique la recette de son album live avec succès et la foule qui n'en pouvait plus d'attendre lui répond aussitôt. ça jumpe et ça se bouscule gentiment. Viennent les "Histoires improbables" du dernier opus, on ne relâche pas la pression - c'est parti pour les slams - mais déjà on tend l'oreille pour mieux comprendre les paroles. Et ça ne va pas s'arranger...

Côté mal-aux-oreilles, je me demande sérieusement si le matos de la Trocardière va tenir le coup : les enceintes grésillent (saturent?), les cuivres et la voix sont un peu étouffés, aïe aïe aïe. Pourtant pendant Zenzile, le son dub était à la fois puissant et sans bavure... Disons qu'à défaut d'approcher le son nickel de "Passager du Réel", la Ruda trouve l'énergie de son live, et ce n'est rien de le dire. Car côté rythme-endiablé, le groupe choisit parmi ses titres les plus péchus, en fin de set, "Roots ska goods" viendra nous sauver de l'épuisement après un "Barton Killer" festif, que la Ruda semble apprécier autant que nous. On en oublie vite les détails matériels.

La Ruda passe d'un album à l'autre et les nouveaux venus - à peine la moitié de la dernière galette - sont bien acueillis par le public : "Profession Détective" entraînant, "L'empire du moi" planant, "Héros cherche aventure" moins convaincant. Sur scène, les cuivres jouant les choeurs sont assez sérieux, sauf le sax qui bondit, en rythme avec Pierrot, moins bavard que d'ordinaire. On se souvient de ses petits speechs pour introduire chaque morceau, sur la tournée précédente et même sur l'album live, mais en ce début de concert la Ruda enchaîne plus rapidement. Les phrases clés viendront plus tard, surtout pendant le premier rappel - le groupe enfin à l'aise ?

Quelques petites impros sympathiques à noter : une intro nasale pour "Roots ska goods" et une fin à rallonge pour "Trianon" où Pierrot glisse quelques paroles de "Numéro 23", mine de rien ; mais on ne le me la fait pas à moi... C'est sur cette note de nostalgie que la Ruda s'éclipse et, si l'horloge au fond reste bloquée sur 15h16, il est maintenant 23H, soit 1h de transpiration plus tard.

Applaudissments. Cris. Rappel. L'éclairagiste lance le gros plan sur l'horloge et voilà que le groupe revient pour "L'odysée du réel", très attendu. Si la voix n'est pas aussi profonde qu'en studio, la limpidité du morceau conquis, on sent que le public veut manifester sa joie mais il reste scotché. Puis, je vous le disais, les petits mots de Pierrot : "La vengeance est un plat qui se mange froid", pour une transition habile entre le loser "du rififi chez les branques" et le truand du "prix du silence". "Ya pas de mise en scène" résonne comme une déclaration des hostilités, on se regarde, jugeant la carure de son voisin et futur adversaire, avant l'assaut... "Du lance-pierres au lance-flammes, tout peut vite basculer" : "Le bruit du bang" pour terminer cette série rocknroll.

Avec ces 3 morceaux, les saumurois veulent nous achever et ils y arrivent presque, ceux qui m'entourent - et notre équipe n'est pas beaucoup plus présentable - sont trempés de sueur, ont la respiration haletante et les bras tendus en signe d'au revoir... Déjà fini ? j'en aurais bien repris un morceau mais c'est le traditionnel salut de la Ruda à son public, montrant du doigt, levant le pouce et en musique, sur fond d'"Instinct du meilleur".

23h30 : 2ème rappel. On tente de deviner le dernier morceau de la soirée, le contexte nous y aide un peu : nous sommes le 8 mai, date célèbre, et un certain Jean-Marie LP est encore trop présent dans nos têtes. C'est naturellement "Le devoir de mémoire" qui conclut ce show, court pour de tels performers, mais toujours aussi efficace.

M'M'B
juin 2002

Concert à la Trocardière (Nantes) - Festival Mai:Le Feu - le 8 mai 2002

Set List :
L'instinct du meilleur / Histoires improbables / Tant d'argent dans le monde / Héros cherche aventure / Que le bon l'emporte / Profession détective / Unis / Carnet d'une égerie / Orange / L'empire du moi / Barton Killer / Roots ska goods / L'art de la joie / Trianon
Rappel 1 :
L'odysée du réel / Du rififi chez les branques / Le prix du silence / L'école des sous-sols / Le bruit du bang / L'instinct du meilleur
Rappel 2 :
Le devoir de mémoire

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